Si la définition même du terme « slave » prête à discussion –les uns l’identifient à « slava » (la gloire), les autres au latin « slavus » (esclave), ou bien encore au russe « slovo » (le verbe, la parole), qu’en est-il alors de la musique slave ? Comment définir la musique d’une mosaïque de peuples qui composent pas moins de la moitié de l’Europe, dont les langues, bien que d’origine commune, sont innombrables et dont l’histoire immémoriale, riche et passionnante, ne saurait être résumée sous peine de simplification coupable.
C’est pourtant dans l’exploration de la diversité des musiques des pays slaves que l’édition 2008 des Musicales prend forme.
Car s’il y a une certitude, c’est que la musique est indissociable de l’ « âme slave ». Dans la renaissance et l’affirmation de la culture slave, que l’on observe principalement au XIXème siècle, elle occupe même une place de choix, symbolisée par des œuvres emblématiques telles que Boris Godounov de Moussorgski ou Má Vlast (Ma patrie) de Smetana.
Mais, à l’image des eaux de « La Moldau » qui se jettent dans l’Elbe, ces musiques, que l’on pourrait qualifier de nationales, sont devenues une part du patrimoine universel. En ne se coupant jamais de leur source populaire, elles ont su gagner le cœur de tous les peuples.
Elles nous parlent de la nature (Bucolics, Klid), elles magnifient les danses slaves (Polonaise, Mazurka, Polka, Dumka, Furiant…), elles font résonner les cloches « qui accompagnaient chaque russe de son enfance jusqu’à la tombe » (Rachmaninov), elles disent des contes (Casse-Noisette, Pohadka), elles chantent mélodies, sérénades, élégies et berceuses (Kolysanka), elles se font descriptives (Tableaux d’une Exposition), elles sont le roman d’une vie (Quatuor « de ma vie » de Smetana, Trios de Tchaïkovski et de Rachmaninov) et même opéra muet (Sonate à Kreutzer de Janacek). Ce faisant, elles deviennent pour tous symbole de passion, d’émotion, d’ardeur, de nostalgie. Borodine, Chopin, Dvorak, Glinka, Moussorgski, Smetana, Tchaïkovski: autant de noms qui évoquent l’expression d’un attachement viscéral au pays d’origine, tout autant que l’expression de sentiments bien personnels, intimes même, dans lesquels tout un chacun peut trouver un écho à ses propres sentiments.
Au XXème siècle, alors qu’un Rachmaninov revendique la fidélité au « Mélos national », Stravinsky et, d’une autre manière, Janacek, ou encore Szymanowski, Lutoslawski, Martinu, Chostakovitch ou Prokofiev, tout en incarnant la modernité, n’y puiseront pas moins une large part de leur inspiration ou voudront incarner « une autre façon d’être russe en musique » (Scriabine).
Fidèle à notre engagement envers la création, nous vous invitons aussi à découvrir la dernière œuvre de Christophe Bertrand: un quatuor avec piano, commande des Musicales 2008 ainsi que la transcription de la Suite de Casse-Noisette de Tchaïkovski pour ensemble de chambre réalisée par Brice Pauset et Isabelle Mundry.
Et parce qu’aucune thématique ne saurait, sous prétexte de cohérence et d’unité, masquer la singularité et le génie propre de chaque artiste, gageons que ces quelques jours passés ensemble nous permettront au contraire de mieux connaître, de mieux aimer chacun d’entre eux, loin de tout stéréotype.
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